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PRÉSENTATION

Arts & Aliments est le premier laboratoire de recherche consacré à l’analyse théorique, critique et plastique des relations entre art et aliment et des relations, plus complexes encore, entre alimentation et artistisation. Nous présupposons que ces deux relations ont été maintenues occultées  par la pensée philosophique (pour des raisons métaphysiques et morales) et par l’histoire de l’art maintenant la question de l’aliment exclusivement comme un élément de décor et non comme une question de représentation de l’être et de son rapport à la fourniture et au monde. C’est cette phase d’occultation qui nous intéresse et qui constitue l’enjeu du laboratoire.

TEXTE

Il convient que le premier travail de recherche du laboratoire soit de constituer une archéologie d’une relation probable entre art et aliment en se fondant sur une somme de travaux éparpillés qui abordent la question et en proposent une problématisation historique et critique. Il convient ensuite de faire une archéologie de l’occultation de cette relation pour en décrypter les processus (de cryptage) et en monter les conséquences problématiques pour l’histoire de l’œuvre et de la représentation du rapport de l’être au monde.

Quels rapports arts et aliments peuvent-ils entretenir ? Ils saisissent et déterminent une interprétation du vivant et une interprétation des conditions de cette vivabilité. Cela suppose une succession de problèmes complexes : la question de la technique, la question de la séparation de l’artisanat, la question de la performativité et de la séparation des modèles entre ce qui est durable et ce qui ne l’est pas, la question des sphères de représentation et des sphères institutionnelles et, enfin, la question de la non porosité de ce qui est alors nommé « monde » de l’art et « monde » de l’alimentaire ou du gastronomique. Il va alors de soi que se pose  une relecture complète des dispositifs historiques de l’interprétation de l’œuvre et du concept d’art.

À cela il convient de poser un problème plus « archaïque » ou plus ontologique du rapport entre deux concepts que l’histoire de la pensée a séparé de manière radicale : le concept d’aliment et celui d’élément. Il convient  de construire une archéologie d’une hypothèse qui soutient la fondation de ce laboratoire, à savoir que les termes aliment et élément entretiennent une «fondation» commune par la racine archaïque supposée *ale qui indique quelque chose de la fourniture. Fourniture qui maintient les conditions matérielles de la vivabilité pour l’aliment, fourniture qui maintient les conditions conceptuelles de la viabilité pour l’élément. Cette relation se pose comme le point de départ radicale de notre recherche et du laboratoire. Or notre deuxième hypothèse consiste à dire que cette relation a été absolument occultée par la pensée occidentale tant du côté de la philosophie que de l’histoire de l’art. Dès lors notre hypothèse est que la pensée a occulté le concept d’aliment pour préférer ne travailler que celui d’élément. Ainsi le concept d’occultation de l’aliment et de la fourniture de l’aliment est profondément au cœur des dispositions ontologiques, métaphysiques, moraux et esthétiques de l’Occident comme forme de rejet et de transfiguration. Il nous faudra alors analyser avec précision les processus d’occultation de l’aliment dans les processus artistiques et les processus de ses transformations métonymico-symboliques. Dès lors il s’agit de comprendre que cette occultation conduit à une transformation radicale du concept de consommation qui devient lui aussi immatériel et métaphysique. Se produit alors une transformation de la consommation en acquisition matérielle et une transformation de la chrématistique (comme théorie de la fourniture) en une économie (comme gestion de l’acquis).

Arts & Aliments se définit comme le premier laboratoire de recherche théorique sur les relations entre artistisation et alimentation mais aussi le premier laboratoire à en interroger les formes plastiques et performatives. Il nous faudra alors commencer un travail d’analyse de l’occultation des pratiques dites « pénétrantes » et leur transformation en pratique « réverbérante » comme passage du plaisir de consommation au plaisir charismatique chez Aristote, comme passage à une consommation non pénétrante dans l’eucharistie, comme passage au plaisir désintéressé chez Kant. L’occultation du pénétrant est alors une manière de sublimer la fonction organe (transfigurée) et sublimer le consomptif (transfiguré aussi). Or dans l’histoire de l’Occident la valeur de l’œuvre est fondée dans son immatérialité et son inconsommabilité. Cela introduit la question d’une consommation métaphysique qui occulte aussi bien l’épreuve de l’aliment que de l’art. Il nous faudra repenser l’ensemble des crises de l’œuvre et des crises de la représentation, les crises d’une épreuve des usages et des pratiques, c’est-à-dire la construction possible d’une théorie contemporaine des usages. Enfin il s’agit pour ce laboratoire d’éprouver une tenue critique et théorique comme contribution d’une pensée contemporaine de l’œuvre et de son instanciation.

ÉQUIPE

ARC et Laboratoire dirigés par Julie C. Fortier et Fabien Vallos. 

Artiste invité 2018 : Dieudonné Cartier

Équipe 2018 : Amandine Barreteau, Maxime Buono, Joanna Delecroix–Rouillon, Talilah Etoa Epee, Sophia Khalfa, Lora Lam Kon Seng, Manon Laurent, Théo Michel, François Parmantier, Charlotte Sadowczyk, Jeanne Tucoulet.

Équipe 2017 :  Sacha Cardin, Raphaël Courtevile, Anne-Marie Da Costa Lopes, Camille Landreau, Élisabeth Meerschman, Amélie Patry, Julie Pécune, Florian Reigner, Luce Valdeyron.

MENTIONS

Toutes les images et textes proviennent du travail des enseignants-chercheurs et des étudiants-chercheurs du laboratoire. Pour toute mention ou citation : laboratoire Arts & Aliments (Esad-Talm Angers)